Le 18 septembre dernier, lors de la présentation du Plan Santé annoncé depuis des mois par le Président de la République, la réforme des modalités d’accès aux études supérieures de santé a été programmée pour la rentrée 2020. Fin du numerus clausus, changement de processus de sélection, modifications des épreuves… Que sait-on à l’heure actuelle sur la réforme à venir des études de santé ?

Cet article a été rédigé par des membres de notre équipe pédagogique. Le but est d’aiguiller les élèves sur les choix à faire durant cette période d’interrogations. En tant que professionnels du secteur, nous souhaitons partager ici notre ressenti par rapport à cette réforme et les données que nous avons aujourd’hui. Cet article est le fruit de nombreuses recherches. Nous avons simulé pour vous une liste des scénarios envisageables que chacun doit avoir en tête avant d’effectuer ses choix en matière d’orientation.

 

 

I) La réforme de la PACES (Première année Commune aux Etudes de Santé) à la rentrée 2020

1) Suppression du numerus clausus, remplacé par un numerus apertus en septembre 2020

En conséquence, le nombre de candidats acceptés en première année devrait être augmenté. Toutefois, chaque université devrait déterminer elle-même le nombre d’étudiants formés. Une limitation du nombre d’étudiants formés est inévitable. En effet, les doyens d’université et les étudiants de médecine confirment la difficulté de trouver des stages en secteur hospitalier. De plus, les encadrants des stages sont déjà débordés et ne pourront pas prendre en charge davantage de candidats. Les modalités exactes d’admission et les conditions d’accès aux différentes filières (Médecine – Dentaire – Kinésithérapie – Pharmacie – Maïeutique) ne sont pas encore connues.

Quoiqu’il en soit, le processus pour accéder aux études supérieures de santé sera sélectif comme l’a très précisément signifié le Président de la République, lors de l’annonce du plan santé le 18 septembre dernier.
 

2) Un processus sélectif sur 3 ans ?

Tandis que le flou persiste à propos du processus précis encadrant la formation des professionnels de santé de demain, beaucoup parlent déjà d’un système sélectif sur 3 années (type licence). Le nouveau pourrait donc écarter les candidats aux études supérieures de santé la première, la deuxième année et la troisième année. Chaque année, les étudiants qui seront recalés se verront dans le meilleur des cas proposer une alternative dans d’autres facultés.

Ce nouveau dispositif évoqué sous le nom de “Portail Santé” rentrerait en vigueur à partir de la rentrée 2020 dans l’ensemble des facultés.

 

3) La suppression du redoublement ?

Actuellement en phase expérimentale dans les facultés Parisiennes (Paris V Descartes, Paris VI Sorbonne et Paris VII Diderot), ce système pourrait être étendu à l’ensemble des facultés. En effet, sachant l’augmentation importante des effectifs dans les facultés à partir de 2020 (enthousiasme des étudiants face à la fin d’un concours qui traumatise même les plus chevronnés), il est difficile de penser qu’un étudiant n’ayant pas réussi à valider son année puisse redoubler.

Le droit à une seconde chance sera alors strictement encadré par le dispositif AlterPACES. Ce système permettra de préparer une licence, tout en retentant le concours PACES l’année suivante, avec un nombre de places très restreint.

 

4) Modifications du contrôle des connaissances

Des partiels (contrôle continu) seront mis en place mais aussi vraisemblablement des épreuves orales. Les modalités des examens s’orientent davantage sur des épreuves rédactionnelles que sur des épreuves type QCM. Les épreuves orales viseraient à évaluer la motivation des candidats pour les études en cours.

Le processus de sélection permettra notamment de valoriser la capacité d’écoute et d’empathie des étudiants.

 

 

II) Que penser du nouveau processus de sélection pour l’accès aux études supérieures de santé, à partir de la rentrée 2020 ?

 

1) Un processus moins sélectif ou plus sélectif ?

Même si la sélectivité sera officiellement maintenue pour les études de santé, le nombre de places à l’issue de ces trois années de sélection sera légèrement augmenté. Cependant, si le nombre d’étudiants dans les facultés augmente, ce qui semble plus que probable compte-tenu de cette réforme, la sélectivité du processus se révélera renforcée.

Pour simuler ce que pourrait donner la nouvelle réforme en terme de taux de réussite, nous nous sommes amusés à comparer les deux systèmes :

 

 

Processus actuel de sélection :
sur 1 an avec concours

Nombre d'étudiants en 2017

Nombre de places en 2017 = numerus clausus

%

taux de réussite

Processus de sélection en 2020 :
sur 2 ans sans concours

Nombre d'étudiants en 2020 (environ)

+ Nombre d'étudiants enthousiasmés par la fin du concours, qui n'auraient pas tenté leur chance dans le système actuel (valeur hypothétique)

+ Nombre d'étudiants ayant effectué une année sabbatique en 2019-2020 pour attendre l'application de la réforme (valeur hypothétique)

= nombre d'étudiants total à la rentrée 2020 (1 165 + 350 + 350)

nombre de places à l'issue des deux années de sélection = numerus clausus actuel

+ nombre de places supplémentaires lié à la réforme (imaginons 50% : valeur largement surestimée)

= nombre de places total à l'issue du portail santé

%

Taux de réussite

A noter que le nombre de places supplémentaires (153) est une valeur hypothétique, largement surestimée. Il est difficilement pensable que le nombre d’admis aux études de santé augmentera de plus de 50%. Ceci conduirait à une saturation rapide du marché français à cause d’un surnombre des professionnels du domaine.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes et le constat est inquiétant. Même en ayant pris un chiffre utopique (153 places supplémentaires ce qui correspondrait à une hausse de 50% des professionnels formés), le taux de réussite et donc les chances de passer ce “Portail Santé” sont amoindris. En cause, le nombre d’étudiants supplémentaires auquel la faculté devra faire face, qui vient alourdir l’autre côté de la balance.

 

2) Un système qui se révèle être plus injuste

On passe donc d’un système qui écartait généralement les candidats des études supérieures de santé au bout d’un an (deux années maximum pour les étudiants les plus courageux), à un système qui pourra les écarter durant la première, la deuxième et la troisième année. Plus sélectif ou non, ce système se révèle profondément injuste pour les candidats qui seront écartés du processus après plusieurs années d’effort (ou à qui on proposera une alternative dans d’autres facultés, bien loin de leurs vœux initiaux.)

 

 

III) Quelle stratégie adopter durant l’année 2019-2020 ?

 

1) Faire une année sabbatique avant de revenir pour la rentrée 2020, date de l’entrée en vigueur de la réforme du numerus clausus ?

Cette solution, trop souvent mise en avant par les professeurs au lycée est en réalité très peu judicieuse. Imaginons que les 1 200 bacheliers de l’année 2018-2019, supposés passer la PACES durant l’année 2019-2020 à Besançon choisissent d’attendre la mise en place de la réforme. En ajoutant à ce chiffre les 1 200 bacheliers de l’année 2019-2020 (chiffre sous-estimé car la réforme du numerus clausus devrait enthousiasmer davantage d’étudiants par rapport aux années précédentes), ce ne seront pas moins de 2 500 candidats qui intégreront la faculté de médecine de Besançon lors de la rentrée 2020.

Face à ce constat, il est peu probable d’imaginer que la faculté de médecine sera en mesure d’accepter autant d’étudiants.

Cela nous ramène au constat suivant : s’il n’y a pas suffisamment de places dans la faculté de médecine pour accueillir tant d’élèves, y aura-t-il une sélection sur Parcoursup plus rude qu’actuellement ? A noter qu’aujourd’hui, certains se voient déjà refuser l’accès à la faculté de médecine de Besançon.

Ceci nous ramène donc à la question suivante : les étudiants ayant fait une année sabbatique (ou une année de transition) seront-ils acceptés à la faculté, au détriment des néo-bacheliers 2019-2020 ? Scénario peu envisageable.

Ainsi, tous les étudiants titulaires du baccalauréat en 2018-2019 décidant de ne pas tenter la PACES en 2019-2020 prennent un risque que nous ne pouvons estimer avec exactitude à l’heure actuelle. Ce risque est réel et doit demeurer dans l’esprit de chacun.

 

2) Voir dans cette réforme une opportunité pour les candidats à la PACES en 2019-2020

Si certains étudiants, trop peu judicieux pour s’apercevoir que cette réforme du numerus clausus ne signifiera en aucun cas la fin de la sélection pour cette filière et préfèrent attendre la rentrée 2020 pour se lancer dans les études de santé, d’autres pourront profiter de cette diminution des effectifs dans la faculté de médecine de Besançon pour maximiser leur chance d’obtenir le concours en 2019-2020.

Prenons un exemple :

  • En 2017, la faculté comptait 1 165 étudiants pour seulement 307 places, ce qui établissait le taux de réussite aux alentours de 26%.
  • Imaginons maintenant que seulement 800 étudiants se présentent au concours lors de l’année 2019-2020, les 363 autres étudiants souhaitant attendre l’entrée en vigueur de la réforme pour intégrer les études de santé. Dès lors, le taux de réussite est propulsé à 38,375%. Avec un bon accompagnement, les chances pour l’étudiant d’obtenir le concours sont importantes.

 

3) Passer le concours PACES et s’assurer de continuer dans les études de médecine plutôt que de se lancer dans un cursus sélectif sur 3 ans.

Concernant le processus sélectif censé remplacer la PACES, il s’agirait d’après les communiqués du ministère de l’éducation d’un processus sélectif sur 3 ans. Ainsi, les élèves pourront être écartés du processus lors de la première, deuxième et troisième année.

Face à ce constat, à la suppression du redoublement et à l’incertitude qui subsiste autour du processus de sélection à venir, le plus judicieux pour les étudiants est donc de tenter leur chance l’année 2019-2020. L’obtention du concours pour cette dernière année leur permettra d’emblée de poursuivre les études de santé. Ce ne sera pas le cas des  étudiants à partir de 2020, qui ne sauront la finalité de leur cursus qu’après trois ans d’effort.

Pour les quelques étudiants qui ne souhaiteraient pas passer le concours malgré les risques encourus, nous proposons une préparation qui leur permettront de garder leur niveau pour optimiser leur chance une fois dans le nouveau processus. Cette préparation est destinée également aux candidats issus de filières non scientifiques. En savoir plus.